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Céréales Les travaux avancent en ordre dispersé

(16/12/2010)

Même s’il a été masqué par les festivités de l’aïd Adha, ce début de campagne a connu, jusqu’à la minovembre des précipitations variables en quantités et irrégulièrement réparties entre les régions de production. En l’absence de renseignements chiffrés de la part du ministère de l’agriculture (de plus en plus difficiles à obtenir), les informations recueillies auprès des agriculteurs et des professionnels du secteur céréalier indiquent que les travaux d’installation des cultures se déroulent normalement avec une cadence variable d’une région à l’autre et au sein de chaque région. Ainsi, quelques semis très précoces effectués en début novembre et suivis de pluies, ont déjà levé alors que les semailles ont été interrompues par l’aïd et par la peur des agriculteurs d’une mauvaise levée due à la faible humidité du sol dans les régions où les précipitations de début novembre étaient faibles à moyennes. Cependant, et comme à l’accoutumé, c’est dans la deuxième moitié de novembre, après l’aïd qu’on a assisté au véritable lancement massif des opérations. Les semences sélectionnées Victimes de leur succès Ce démarrage massif des semis a entraîné une forte demande en semences, plus importante et regroupée que prévu (certains parlent de pénuri et de revente). Ainsi, d’après M. Radi Abdellatif de la SONACOS, au 20 novembre, 820.000 qx ont été vendus sur 1 Mqx de disponible alors qu’il reste encore près d’un mois pour la fin des semis. Il faut signaler que, grâce à une subvention représentant entre 31 et 38%, les prix de cette année sont restés presque stationnaires (+1,5 à 2,1%). Rappelons que les subventions de la campagne précédente avaient fortement abaissé le prix des semences sélectionnées par rapport à 2008-09, les ramenant presque au prix du commun, encourageant les agriculteurs à s’approvisionner en semences sélectionnées et battant par la même occasion les records des ventes des années précédentes. Cependant les producteurs se plaignent de ne pas trouver les variétés qu’ils connaissent et qui ont leur confiance, alors que la SONACOS affirme proposer un éventail diversifié de variétés à haut potentiel de production. Mais le manque de vulgarisation et d’information des utilisateurs sur les caractéristiques de ces variétés (résistances, …) et sur leur adaptabilité aux différentes régions de production reste un frein à leur développement. Il ressort ainsi une inadéquation entre les préférences variétales des céréaliculteurs et les possibilités de multiplication (délais longs pour produire les semences R1 et R2). Engrais de fond Afin de mieux adapter la fertilisation aux différentes régions de production, de nouvelles formules régionales ont été lancées par l’OCP et commercialisées par la SONACOS, élaborées sur la base de la carte de fertilité des sols. Elles sont destinées aux producteurs de blé et adaptées aux besoins spécifiques des régions du Gharb, Chaouia/Tadla et Doukkala. Pour leur première année de lancement, et en préparation pour l’année prochaine, de faibles quantités sont prévues pour cette campagne. Cependant, en raison d’un retard de l’ensachage, ces engrais ont été mis à la disposition des agriculteurs en retard par rapport aux périodes d’apports de fond. Et, n’étant pas encore connus des professionnels, la demande a été faible. Ainsi, d’après M. Radi, sur 250.000 qx disponibles (pour les 3 formules), seulement 40 à 50.000 ont été vendus soit moins de 20%, au prix de 300 à 350 dh/ql. Matériel agricole Dans le domaine de la mécanisation, la présente campagne se caractérise par une baisse des taux de subventions pour les particuliers et son maintien pour les agriculteurs agrégés. Il faut signaler que les agriculteurs sont réticents face à l’agrégation, n’étant pas convaincus de ses avantages et gardant en mémoire l’échec des anciennes expériences des coopératives de la réforme agraire. Cette baisse des subventions a eu pour conséquence, comme les professionnels l’avaient prévu, une baisse importante des ventes de matériel agricole. Ainsi, les ventes de tracteurs, principal indicateur du taux de mécanisation, ont chuté de 43% entre janvier et octobre 2010, alors que les subventions de 2009 avaient boosté le marché avec une progression de +26% pour la même période par rapport à 2008 et +52% des ventes annuelle (7.000 contre 4.600). En plus de cette baisse, les agriculteurs déplorent des délais trop longs suite à une procédure compliquée constituant une entrave à l’acquisition de matériel neuf. Procédure dévolue aux DPA qui ne disposent pas des moyens nécessaires. Pour leur part, les fournisseurs de matériel estiment que cette procédure a tétanisé le marché du neuf et que les agriculteurs vont forcément se tourner vers l’occasion avec les effets néfastes sur la mécanisation (vétusté du parc) et sur l’environnement (pollution), alors que les novelles normes pour l’importation des tracteurs sont plus exigeantes sur les plans de protection de l’environnement, de sécurité, etc. De plus, les importateurs de matériel se retrouvent avec des stocks importants d’invendus avec toutes les conséquences que ça entraîne. Il est clair que cette évolution ne permettra pas de rattraper la situation de sous-mécanisation de notre agriculture et risque de compromettre les objectifs fixés par le PMV. Suite des travaux Engrais de couverture Pour le bon déroulement de cette opération, il serait judicieux de programmer les apports en engrais azotés de couverture et de s’approvisionner avant la flambée habituelle des prix liée aux fortes précipitations. Selon les engrais apportés en fond et la richesse du sol (faible pour l’azote) et en l’absence d’analyses du sol, il faut compléter par les engrais azotés pour se rapprocher des besoins estimés à 3 unités par quintal de rendement escompté. Les apports de couvertures doivent être échelonnés sur le cycle et selon les quantités de précipitations, sachant que l’absorption de l’azote est plus faible en début de cycle, puis augmente progressivement jusqu’à la montaison. Elle est la plus importante aux stades de gonflement, épiaison et floraison. Exemple : pour un rendement escompté en blé de 30 qx/ha, les besoins en azote sont de 90 unités. Pour les apports de couverture, il faut retrancher les apports de fond (soit 36 unités si on a apporté 2 qx de DAP) et le reste, c’est à dire 54 unités équivaut à 160 kgs d’ammonitrate par hectare à épandre en deux fois au moins. Désherbage précoce Le désherbage chimique des céréales est une opération inévitable et sa rentabilité indiscutable. Par ailleurs, son efficacité est d’autant plus grande qu’elle est effectuée précocement avant que les adventices n’aient exercé leur concurrence vis-à-vis de la culture. Il est donc inutile de retarder la lutte contre les adventices, si les conditions météorologiques le permettent et l’accessibilité aux parcelles possible. Il faut rappeler que le semis en ligne et l’usage des pulvérisateurs facilitent grandement l’opération de lutte contre les adventices et doivent être plus encouragés. Le moment optimal pour cette opération est le stade 3 feuilles de l’adventice (vers la fin du tallage de la culture et avant la montaison) quand l’état végétatif est bon pour assurer l’absorption du produit par les mauvaises herbes et que la température n’est pas trop basse. Il faut aussi que les désherbants aient assez de temps pour agir. Le traitement par temps pluvieux lessive les produits appliqués et annule leur efficacité. Deux types de produits peuvent être utilisés : - Les anti-graminées : le traitement n’est nécessaire que sur les parcelles connues pour être habituellement très infestées ou si on procède à un comptage qui se révèle dépassant le seuil de nuisibilité estimé à 3 plantes au m² (folle avoine, …). - Les anti-dicotylédones : l’éventail des désherbants sur le marché est très large et une bonne connaissance de la flore adventice est nécessaire pour le choix du désherbant le plus approprié. Une bonne connaissance des produits, un strict respect des doses et une bonne utilisation des pulvérisateurs sont absolument nécessaires pour la protection de l’environnement contre toute forme de pollution et de résidus.

Source : Agriculture du Maghreb